Que sait-on du risque de réinfection par la Covid-19 ?

 

La question de la réinfection s’est posée depuis le début de la pandémie de Covid-19. Il est en effet difficile de savoir si le fait d’avoir été infecté par le SARS-COV-2 implique que l’on soit immunisé : si des anticorps se sont bien développés, ils ne sont pas forcément neutralisants (capables d’empêcher le développement de la maladie). Ainsi, la présence d’anticorps témoigne du fait que l’organisme a été en contact avec le virus, sans être certain qu’elle offre une protection contre une nouvelle infection. Et même en présence d’anticorps neutralisants, il est difficile de dire combien de temps l’immunité procurée persistera.

Des réinfections rares, qui existent bel et bien

 

En l’état actuel des connaissances, les scientifiques s’accordent à dire que le phénomène de réinfection demeure rare, mais une étude menée par des chercheurs de l’Imperial College London indique qu’il ne l’est pas autant que ce qu’ils pourraient penser.

Publiés en février dans le Journal of Infection, leurs résultats proviennent d’une analyse de 33 cas de Covid-19 récurrents au Brésil confirmés par test PCR, après une période sans maladie suivant la première infection. Les chercheurs affirment qu’une immunité naturelle acquisecontre le SRAS-CoV-2 ne garantit pas une protection totale contre une infection ultérieure. Des facteurs biologiques sous-jacents ont également été constatés : 42 % des cas avaient un groupe sanguin A +. En outre, l’analyse des anticorps anti-SARS-CoV-2 pour 17 de ces cas a montré une réponse anticorps plus faible après la première infection par rapport au groupe témoin. La récidive de l’infection avait donc tendance à être plus grave.

“Il s’agit de la plus grande série de cas à ce jour qui fournit des preuves suggérant que les personnes qui produisent une faible réponse en anticorps contre le SRAS-CoV-2 pourraient être plus susceptibles d’être à nouveau infectées par le virus à l’avenir.

Nos résultats pourraient être importants lors de l’examen des seuils d’immunité collective et des niveaux de protection acquise naturellement contre le virus”, explique la Pre Danny Altmann.

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Des réinfections plus fréquentes chez les plus de 65 ans

 

Les chercheurs du Statens Serum Institut (Copenhague) font aussi partie de ceux qui étudient ce phénomène. Leur étude publiée en mars 2021 dans The Lancet s’est basée sur les 10 millions de tests PCR réalisés l’année dernière au Danemark : quatre millions de Danois ont fait au moins un test. Les chercheurs en ont analysé les données en se concentrant sur les personnes testées positives plus d’une fois. Leurs résultats montrent qu’une infection antérieure par la Covid-19 protège la plupart des gens contre une réinfection.

Parmi les personnes testées positives lors de la première vague, 0,65 % d’entre elles ont de nouveau été testées positives lors de la deuxième vague. En comparaison, 3,3 % de celles testées négatives lors de la première vague ont eu un test positif lors de la deuxième vague. “Celles qui n’avaient pas été testées positives auparavant étaient donc environ cinq fois plus susceptibles de subir un test positif plus tard. Cela correspond à un degré de protection de 80,5 % contre une infection ultérieure”, expliquent les chercheurs. Il n’y avait aucune différence de protection entre les deux sexes, ni entre la première partie et dernière partie de la période totale de l’étude. Autrement dit, “rien n’indiquait que la protection avait commencé à décliner après six mois”, note l’équipe scientifique.

Cependant, en divisant la population par groupes d’âge, une tendance différente est apparue pour les personnes âgées car parmi celles de plus de 65 ans, la protection était estimée à seulement 47 %. Ce qui indique qu’elles sont plus susceptibles d’attraper à nouveau la Covid-19 : les personnes de plus de 65 ans seraient plus à risque de réinfection avec seulement 47 % de protection contre une infection répétée, contre 80 % pour les personnes plus jeunes. Un constat qui souligne l’importance des mesures comme la distanciation sociale et la hiérarchisation des vaccins.

“Notre étude suggère que la plupart des gens seront protégés contre une nouvelle infection pendant au moins six mois. Mais tout le monde n’est pas protégé et surtout chez les personnes âgées, seule la moitié environ semble être protégée après une première infection”, explique le Pr Steen Ethelberg qui a mené l’étude.

“Même si vous avez déjà été infecté, nos résultats suggèrent qu’il est conseillé de continuer à suivre les conseils sur la façon de se protéger de l’infection. En outre, les résultats soulignent la nécessité de la vaccination pour tout le monde car la protection naturelle, en particulier chez les personnes âgées, ne peut être invoquée”. 

A noter que l’étude a pris en compte la souche Covid-19 “classique” et non les variants.

Les réinfections sont moins probables grâce au vaccin contre la Covid-19

 

Cette étude, menée avant l’émergence du variant Delta, se base sur 246 adultes du Kentucky qui ont été réinfectés par le virus entre mai et juin 2021, après avoir été contaminés une première fois en 2020. En comparant les résultats avec 492 “cas-témoins”, l’étude a permis de constater que ceux qui n’avaient pas été vaccinés avaient 2,34 fois plus de “chances” d’être à nouveau réinfectés par le virus, contrairement aux personnes vaccinées avec le vaccin Pfizer, Moderna, ou Johnson & Johnson.

“Ces résultats suggèrent que parmi les personnes ayant déjà été infectées par le SRAS-CoV-2, la vaccination complète offre une protection supplémentaire contre la réinfection. Toutes les personnes éligibles devraient se voir proposer la vaccination, y compris celles ayant déjà été infectées par le SRAS-CoV-2, afin de réduire leur risque d’infection future“, concluent les chercheurs. 

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Réinfections au coronavirus SARS-CoV-2 : quelles sont les pistes étudiées ?

 

D’après une étude publiée le 12 août 2020 dans la revue The Lancet Infectious Diseases  par une équipe de chercheurs américains, les cas de réinfection pourraient s’expliquer par : 

  • le fait que les patients aient été exposés à une dose très importante de virus la deuxième fois ;
  • le fait que les patients aient été exposés à une souche plus virulente du virus (variants du coronavirus) ;
  • la présence d’anticorps due à la première infection (comme cela peut être le cas avec la dengue). 

Il ne s’agit pas forcément d’une réinfection au coronavirus

Lorsqu’un malade, “guéri” en apparence, présente des symptômes du coronavirus, il ne s’agit pas forcément d’une réinfection. Plusieurs éléments pourraient prêter à confusion :

  • une défaillance des tests de dépistage ; 
  • la possibilité que des échantillons aient été mal conservés ;
  • ou encore que la charge virale soit insuffisante pour être détectée. 

Mais selon l’hypothèse la plus probable, les patients en question souffriraient d’une infection prolongée au coronavirus, non d’une réinfection. Autrement dit, le virus serait toujours présent dans leur organisme, sous forme de traces indétectables, et pourrait être “réactivé”, en raison d’une maladie annexe par exemple. Mais le principe de précaution est de mise.

Immunité contre la covid-19 : que sait-on sur la durée de vie des anticorps ?

 

L’une des questions clés pour mieux prédire l’évolution de la pandémie de COVID-19 est la durée de l’immunité naturelle. En théorie, une personne déjà infectée par un virus est immunisée contre ce dernier. Lorsque notre organisme entre en contact avec un virus, il développe des anticorps spécifiques capables de reconnaître et de combattre plus efficacement ledit virus lorsqu’ils y sont à nouveau confrontés. Les premières études portant sur la durée de vie des anticorps tablaient sur une période d’immunité assez courte. Mais un nombre croissant d’études suggère que la plupart des gens génèrent une réponse humorale (anticorps) et cellulaire (cellules T) qui se maintient pendant plusieurs mois, voire des années.

Une protection jusqu’à 13 mois selon une étude strasbourgeoise

Une étude française, publiée le 15 mai 2021 dans la revue MedRxiv, et menée par une équipe de chercheurs des Hôpitaux universitaires de Strasbourg indique que chez les patients positifs à la Covid-19, les anticorps dirigés contre la protéine spike du virus persistent chez presque tout le monde jusqu’à 13 mois après l’infection.

Pendant plus d’un an, l’équipe du CHRU de Strasbourg a suivi 1309 personnels hospitaliers dont 393 ayant eu une forme légère du SARS-CoV-2 et 916 n’ayant pas contracté l’infection. Résultats : un an après l’infection, 97% des individus ont gardé leurs anticorps anti-S, dirigés contre la protéine Spike, et ce, quelle que soit la gravité de la maladie. “Les résultats démontrent la persistance à long terme des anticorps anti-S qui peuvent protéger contre la réinfection” concluent les auteurs qui ont également constaté qu‘après une seule dose de vaccination, le taux d’anticorps augmente fortement quel que soit le taux pré-vaccinal et quel que soit le type de vaccin administré. “En augmentant les taux d’anticorps neutralisants, le vaccin contre le SARS-CoV-2 peut renforcer leur capacité protectrice, en particulier contre les variants hébergeant des mutations d’échappement d’anticorps comme le variant sud-africain” ont-ils expliqué.

Les scientifiques ont également révélé que la concentration de ces anticorps dans l’organisme permet de neutraliser le variant découvert en Angleterre, mais pas celui apparu en Afrique du Sud. L’étude du CHU de Strasbourg est prolongée pour assurer le suivi à 18 mois et 24 mois. Objectif : évaluer la dynamique des anticorps sur le long terme. 

Une étude espagnole soutient l’idée que l’immunité naturelle contre le SARS-CoV-2 est de longue durée

En explorant plus en détails l’évolution de la réponse immunitaire dans les mois qui suivent une infection par le SARS-CoV-2, des chercheurs issus de l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale (ISGlobal) se montrent optimistes sur ce sujet. Leur indique en effet qu’un an après l’infection, la plupart des gens conservent des anticorps anti-Spike quelle que soit la gravité de leurs symptômes.

Les résultats publiés dans BMC Medecine ont leur importance car ils « suggèrent que l’immunité générée par le vaccin sera également de longue durée », estime l’équipe scientifique. Au cours de la première vague de la pandémie, celle-ci a commencé une étude de suivi d’une cohorte de travailleurs de la santé atteints de COVID-19. Un total de 173 personnes travaillant dans des centres de santé de Catalogne et dont la plupart des infections étaient légères à modérées, bien que certains cas aient nécessité une hospitalisation. L’équipe de recherche leur a prélevé régulièrement des échantillons de sang à partir de septembre 2020 pour mesurer le niveau et le type d’anticorps spécifiques au SARS-CoV-2.

« Les résultats obtenus jusqu’à présent nous portent à croire que l’immunité au SARS-CoV-2 durera plus longtemps que nous ne le pensions initialement. Étant un nouveau virus, il est très important de comprendre comment il se comporte et affecte différentes personnes.», explique Anna Ruiz Comellas, co-auteur de l’étude. Les chercheurs se sont intéressés à différents types d’anticorps ou immunoglobulines (Ig) envoyées par les lymphocytes B pour défendre le corps lors de l’infection : IgG, IgM et IgA. L’étude note qu’aucune diminution significative des taux d’anticorps n’a été observée au cours des cinq premiers mois de suivi, et qu’à neuf mois 92,4% des personnes sont restées séropositives.

Plus précisément, 90% des participants avaient des IgG dans leur sang, 76% des IgA et 61% des IgM dirigés contre la protéine « S » ou Spike. Comme l’explique l’Inserm à ce sujet, « la protéine Spike est la clé qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. Elle est en outre l’une des cibles de notre système immunitaire face à l’infection, et celle de vaccins actuellement en développement. Il est donc crucial de la caractériser aussi finement que possible.» « Ces données confirment que les IgG ont une durée plus longue mais les niveaux d’IgM, qui sont censés durer moins longtemps ont été étonnamment assez soutenus au fil du temps. », ajoute Gemma Moncunill co-auteure principale de l’étude.

En outre, il s’avère que le fait d’avoir été hospitalisé, d’avoir eu de la fièvre et une perte de l’odorat et du goût étaient associées à des taux d’anticorps plus élevés à cinq ou neuf mois. Quatre réinfections ont été observées parmi les participants. Deux d’entre eux étaient symptomatiques et sont survenus chez des individus séronégatifs tandis qu’une autre réinfection asymptomatique s’est produite chez un sujet avec de très faibles taux d’anticorps. Ce qui suggère, concluent les chercheurs, que les anticorps anti-Spike semblent protéger contre les infections symptomatiques, mais aussi que les personnes qui n’ont pas été précédemment infectées doivent être prioritaires pour la vaccination car celles ayant déjà été infectées peuvent être protégées pendant au moins un an.

Les femmes seraient immunisées plus longtemps que les hommes

L’équipe français du CHU de Strasbourg s’est récemment penchée sur l’évolution de la réponse immunitaire dans les mois qui suivent une infection par le SARS-CoV-2. Leurs conclusions, rapportées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dans un communiqué publié le 12 avril 2021, indiquent que les femmes développeraient un taux d’anticorps plus stable que celui de leurs homologues masculins.

“Les chercheurs ont globalement observé que les femmes avaient une protection immunitaire plus performante que celle des hommes”, indique l’Insem.

“Immédiatement après l’infection, le taux d’anticorps anti-Covid-19 est en moyenne inférieur chez les femmes. Mais avec le temps, il suit un déclin qui est généralement moins prononcé chez elles que chez les hommes, quel que soit leur âge ou leur poids”, poursuit l’organisme. En cause ? Une explication à la fois hormonale et génétique. À noter : ces résultats, établis 6 mois après l’infection doivent être confirmés par un suivi à plus long terme.

https://newspowers.planethoster.world/2021/08/17/pass-sanitaire-comment-lobtenir-ou-est-il-obligatoire-age-jusque-quand/