Comment traiter ses phobies grâce à la réalité virtuelle ?

Selon la Haute autorité de santé, 15 % des adultes de 18 à 65 ans présentent des troubles anxieux sévères sur une année donnée, et 21 % en présenteront au cours de leur vie (source 1).  Parmi ces troubles, on compte notamment : 

  • l’agoraphobie (peur irraisonnée et intense des espaces publics dans lesquelles la fuite peut être difficile) qui touche 1,8 % des gens au cours de leur vie
  • et les phobies spécifiques (peurs irraisonnées, excessives et persistantes face à des situations ou des objets précis, comme une paire de ciseaux, des araignées, l’obscurité, le fait d’être dans un ascenseur ou encore d’être tenté par un objet à voler) qui touchent 11,6 % des gens au cours de leur vie.

Ces phobies deviennent pathologiques (on parle alors de névrose phobique)quand leur intensité et leur retentissement sont trop importants, et que les personnes concernées n’arrivent pas à les surmonter. Elles provoquent souvent une grande détresse qui entraîne des conduites d’évitement pouvant impacter le quotidien des patients. 

 

Phobies : en quoi consistent les séances de réalité virtuelle ?

 

Quelle que soit la phobie, voici comment a lieu la phase thérapeutique, détaillée par Éric Malbos, qui coordonne ce traitement.

  • Lors des 5 à 6 premières séances individuelles ou en groupe, vous apprenez :
    – à gérer votre anxiété et votre stress, par des techniques de relaxation, de respiration ;
    – à remplacer des idées négatives ou erronées par des pensées plus réalistes ;
    – à mettre à distance cette émotion. Une émotion que l’on peut au moins apprendre à contrôler, à défaut de la vaincre totalement.

“Les techniques utilisées sont celles des thérapies cognitivo-comportementales”, indique Rodolphe Oppenheimer.

  • Puis viennent les 5 à 7 séances (environ 45 minutes, une fois par semaine) d’exposition à la réalité virtuelle : une confrontation progressive à l’objet de votre phobie permet un apprentissage, toujours sous la supervision du thérapeute. “Le dispositif d’immersion comporte un casque de réalité virtuelle muni d’écouteurs, fournis par le thérapeute”, précise le Dr Malbos. Tout au long de la séance, celui-ci maintient avec vous un dialogue et évalue votre stress afin de s’adapter à vos réactions.

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Quelles phobies peut-on soigner avec la réalité virtuelle ?

 

La réalité virtuelle pour vaincre la peur de l’eau

L’aquaphobe est progressivement confronté à l’élément liquide : ruisseau, rivière, piscine, lac, mer. Sur une plage, il observe l’eau, puis y entre, d’abord les orteils, puis les jambes, puis complètement avec la possibilité de nager dans une eau calme, puis plus agitée.

La réalité virtuelle pour vaincre la zoophobie (peur des animaux)

Le zoophobe est progressivement confronté à la présence de l’animal qui l’inquiète, d’abord lointaine, puis de plus en plus proche.

Seul l’environnement change : pour la peur des araignées, c’est dans une cave virtuelle, pour les chiens ou les serpents, c’est dans un chemin de campagne virtuel. L’abeille, elle, vous frôle puis se pose sur votre vêtement, votre main.

Le nombre d’insectes augmente, leur attitude peut être plus ou moins agressive.

Surmonter la peur de l’avion (aviophobie) grâce à la réalité virtuelle

La séance commence dans un aéroport. L’aviophobe entre dans le hall d’enregistrement, puis d’embarquement. Il passe par le sas d’accès à l’avion, entre dans l’avion sans passagers, puis l’appareil se remplit peu à peu.

La séance simule alors un vol court, puis un vol long, avec ses phases de décollage et d’atterrissage, voire des phases de turbulences.

Surmonter l’agoraphobie (peur de la foule) grâce à la réalité virtuelle

L’agoraphobe est progressivement amené à croiser une ou deux personnes, dans un commerce par exemple, puis il aperçoit un attroupement un peu éloigné. Il passe loin, puis se rapproche.

Il est ensuite confronté à la présence d’un nombre de personnes de plus en plus important autour de lui, de plus en plus proches de lui, dans un lieu extérieur, une salle de spectacle, une manifestation.

La réalité virtuelle pour vaincre l’acrophobie (peur des lieux élevés)

L’acrophobe essaie de traverser un pont situé à deux mètres de hauteur, puis de se placer sur un balcon au 2e étage, au 3e et au 4e étage, avec et sans rambarde.

La séance lui permet d’emprunter un ascenseur aux parois transparentes, pour terminer par une randonnée à flanc de précipice.

La réalité virtuelle pour vaincre la mysophobie (peur des microbes)

Le mysophobe se voit proposer de sortir de chez lui, d’entrer dans un lieu public, une salle d’attente par exemple, sans possibilité de se laver les mains. Puis il doit toucher un siège ou une barre d’autobus.

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Surmonter la peur des orages (brontophobie) grâce à la réalité virtuelle

Le brontophobe va voir le ciel progressivement s’assombrir, accompagné d’éclairs et de coups de tonnerre au loin, puis qui se rapprochent. Le Dr  Éric Malbos y ajoute un ventilateur pour simuler le vent et ainsi solliciter d’autres sens que la vue et l’ouïe.

 

À qui s’adresser ? Quel résultat espérer ?

 

Où s’adresser ?

Aujourd’hui environ un millier de praticiens sont formés aux techniques d’exposition à la réalité virtuelle à travers les pays francophones.

Un annuaire est disponible sur le site phobie.com.

La réalité virtuelle contre les peurs, ça fonctionne ? 

Des études cliniques ont montré que cette thérapie affiche un taux de réussite de 80 % : 8 personnes sur 10 réussissent à vaincre leur phobie en quelques mois !

D’après Éric Malbos, les causes d’échec peuvent provenir d’une réticence à entrer dans un univers virtuel.

 

Réalité virtuelle à la maison : ça fonctionne ? avec quel casque ?

 

Les séances en réalité virtuelle à la maison ne sont pas nécessaires mais sont un plus : en s’entraînant davantage, on progresse plus vite.

Il faut dans ce cas acheter un casque de réalité virtuelle :

  • Oculus Quest 2, Oculus Rift S (PC), 350 € environ,
  • ou HTC Vive Cosmos (PC) à partir de 500 €.

Les logiciels simulant les environnements virtuels sont disponibles auprès de sociétés comme C2care, In Virtuo depuis juin 2021.

 

Les séances de réalité virtuelle sont-elles remboursées ?

 

Oui, si la consultation est effectuée par un médecin, sur la base de remboursement de la Sécurité sociale (17,5 €, 70 % de 25 €). Le restant est à la charge du patient ou de sa complémentaire.

Si la séance se déroule chez un psychothérapeute, qui pratique des tarifs libres (entre 60 et 100 € par séance), il n’y a pas de remboursement. Mais certaines mutuelles proposent un plafond de remboursement, variant entre 250 et 400 €/an.

À lire pour aller plus loin : Psychothérapie et réalité virtuelle, Dr Éric Malbos et Rodolphe Oppenheimer, Éd. Odile Jacob, 24,90 €.